Vous avez envie de lire un polar vraiment bon ? Vous pouvez ouvrir l’un des volumes de la série
Inspecteur Shan de Eliot Pattison, écrivain américain et avocat international (ne pas confondre avec Robert, le vampire). Les Fantômes de Lhadrung est le 4° de la série. Le récit nous
entraîne au Tibet aux côtés de l’ancien inspecteur chinois Shan qui tente d’aider ses amis tibétains Lokesh et Gendrun empêtrés dans une sombre affaire de trafic d'œuvres d'art. Il suffit de
citer l’incipit pour rendre compte de l’atmosphère spéciale qui règne dans ces lignes :
« Au Tibet, il est des sons comme en nul autre endroit à la surface de cette terre. Sans raison apparente, des geignements désincarnés, des grondements de tonnerre dévalent les flancs des pics enneigés ou roulent dans les vallées sous des ciels pourtant sans nuages. Et dans les déserts d’altitude, les nuits de lune, Shan Tao Yung avait entendu de minuscules tintements flotter jusqu’aux montagnes tel un message des étoiles. » (p.11)
Le mystère plane sur le paysage avant même de s’infiltrer dans la narration. Le lecteur est littéralement harponné et entraîné comme par mégarde dans la complexité parfois inquiétante de la tradition tibétaine (un précieux glossaire est disponible à la fin). Il est le témoin d’ancestrales pratiques lamaïstes et de rites funéraires traditionnels comme celui d’offrir le corps des défunts aux animaux :
« Shan montra la cuvette, le charnier où les ragyapa démembraient les morts, détaillant les chairs des os qu’ils écrasaient pour que les vautours puissent les manger.
Si on cherchait à tuer quelqu’un, rien de mieux pour détruire les preuves, gronda Yao, gagné par la colère. Ce qui fait du tibet un paradis pour les meurtriers, ajouta-t-il en sortant sa radio.
Un durtro est un lieu où le respect s’impose, déclara Shan. Pas d’hélicoptère.
Ils retournent simplement les corps à la terre, objecta Shan.» (p.199-200)
Ce dialogue symbolise toute l’incompréhension qui règne entre les représentants de la culture ancestrale des tibétains et celle des chinois qui régissent politiquement le pays. Sans parti pris, certaines scènes du roman montrent toutefois nettement la politique de « révolution culturelle » pratiquée par Pékin au détriment du mode de vie des habitants les plus ancrés dans leurs traditions.
C’est un choc culturel qui attend le lecteur, loin des discours édulcorés sur le Tibet et loin des stéréotypes. La psychologie des personnages est finement travaillée et jamais monolithique, du côté chinois comme du côté tibétain. A lire pour avoir une réflexion politique, se cultiver... et se distraire.
Références: Eliot Pattison, Les Fantômes de Lhadrung, 10/18.
L'écrivain américain Brad
Kessler signe avec Hôtel des adieux un beau roman d'atmosphère, tragique mais accueillant comme un fauteuil moelleux. C'est une histoire d'accident d'avion, d'attente douloureuse. Ce
sont aussi des rencontres improbables et des sentiments forts qui se nouent. Dans l'hôtel tenu par Kevin et Douglas, sur la côte canadienne, les parents des victimes d'un accident d'avion
défilent et viennent loger pour attendre ceux qui ne reviendront pas. Les familles arrivent alors que le couple d'hôtelier est en crise. Ils viennent faire leur deuil après le temps d'espoir qui
précède tout naturellement. Les cultures des hôtes sont diverses comme l'était l'existence des disparus qui se sont cotoyés dans une carlingue maintenant déglinguée et engloutie par les flots.
Parmi les victimes, Russel, un ornithologue qui analyse d'ADN des oiseaux, le mari d'Ana, spécialiste des bruants des prés. C'est Ana que le lecteur accompagne dans son introspection et ses
souvenirs:
J’avais déjà été séduite