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Mardi 19 août 2008

Je ne tenterai pas de raconter ce récit de Tony Hillerman. Il suffit de dire que  L'Homme squelette commence par un fait divers réel: la collision entre deux avions au dessus du grand canyon. S'ajoute à cela une histoire d'héritage, de diamants égarés, une pointe de chamanisme et le lecteur se trouve plongé pour quelques heures dans une lecture captivante. Comme à son habitude, Tony Hillerman tisse soigneusement son récit et le fonde sur des détails culturels empruntés aux civilisations des Hopis et des Navajos. Les habitués retrouvent toujours avec bonheur le représentant de la police tribale Navajo Jim Chee et Bernadette Manuelito de la police des frontières, passionnée de botanique (apparue dans Un Homme est tombé) ainsi que Joe Leaphorn, "le légendaire lieutenant" maintenant à la retraite. J'ai eu le plaisir de lire les aventures des policiers Navajos (presque) dans l'ordre chronologique ce qui établit une certaine familiarité avec les personnages qui évoluent et vieillissent. Je sens que je ne vais pas tarder à m'offrir le dernier volume traduit en français, Le chagrin entre les fils. Il est toutefois possible de commencer par n'importe lequel  des 19 récits qui se passent dans les réserves Hopi et Navajo puisqu'ils sont tous indépendants.

 

Les références à la culture traditionnelle des Navajos et des Hopis apportent énormément d'intérêt aux récits tant pour contextualiser les affaires criminelles que pour ajouter une logique non-conventionnelle à la résolution des énigmes. Certains éclairages ont également un fondement philosophique et moral qui ne peuvent qu'enrichir le lecteur qui apprend  à connaître cette culture au fil des épisodes:

 

" – Ah, fit Learphorn avec un sourire. Monsieur McGinnis, vous commencez à parler comme un vénérable traditionnaliste d'autrefois.

- Pas tout à fait. Mais souvenez-vous, quand votre Premier Homme, votre esprit à vous, les Navajos… quand il parlait des charmes maléfiques qu'il avait dans sa bourse à médecine, il parlait de "la manière de devenir riche". J'ai toujours été convaincu que c'était un point très important dont nous, les Blancs, nous n'avons pas tenu compte. Je veux dire, quand quelqu'un possède plus qu'il n'en a besoin et en entasse encore davantage alors que les gens qui l'entourent ont faim, c'est un très bon indice qu'il est en proie à cette maladie de la cupidité, et qu'il accumule ces richesses pour établir qu'il est supérieur à ses amis dans le domaine de la rapacité." (p.69)

 

Le lieutenant Jim Chee vit depuis le début des histoires dans une caravane garée sur un terrain qui offre une vue imprenable sur la rivière San Juan. Il privilégie l'harmonie du lieu au conformisme de l'habitation. Jim Chee, qui ambitionnait, il y a quelques épisodes, de devenir hataali (chanteur-guérisseur), continue de rechercher l'hózhó ((l'harmonie dans la beauté) qui passe avant toute chose par une empreinte minimale sur le monde. Le comportement de Chee à l'égard de Chatte est significatif:
 

"La chatte, enceinte et abandonnée par un touriste, avait dû se réfugier dans l'un des arbres qui étendait son ombre sur la caravane. Chee l'avait secourue. Tout en refusant de l'adopter comme animal de compagnie (ce qui aurait violé la relation naturelle sacrée entre l'homme et le félin), il avait choisi un endroit destiné à la nourrir et à l'abreuver situé près de sa porte, lui offrant une chance de survie pendant qu'elle apprenait les lois de la campagne tout en respectant son droit d'être une chatte libre et indépendante et non une esclave de l'espèce humaine dont il était membre. Quand Chatte, ainsi qu'il l'avait nommée, avait échappé de justesse à une nouvelle attaque menée par un coyote, il avait pratiqué ce trou dans sa porte, fixé le panneau pivotant qu'il avait maintenu en position ouverte avec l'assiette de nourriture juste à l'intérieur afin que Chatte prenne l'habitude d'entrer pour manger, boire ou échapper aux coyotes. Mais cette disposition était demeurée de pure forme. (p.78-79) […] Cette relation s'intégrait à la perfection dans le traditionalisme navajo de Chee. L'harmonie naturelle exige que toutes les espèces, qu'il s'agisse de l'homme, du hamster, de l'oiseau-mouche, du serpent ou du scorpion, respectent le rôle tenu par les autres dans le monde tel qu'il est. Il ne voyait pas comment on pouvait davantage justifier la possession d'un "animal de compagnie" que défendre l'esclavage humain. Tous deux violaient l'harmonie du système et étaient en conséquence immoraux. Cependant cette chatte particulière représentait un problème. On lui avait gâché sa carrière de félin revenu à l'état naturel sauvage car elle n'avait pas eu de mère pour lui apprendre à chasser sa nourriture ou à échapper aux autres prédateurs. Pire, on lui avait arraché les griffes, une coutume barbare et cruelle. Elle était dans l'incapacité de s'adapter au monde dans lequel elle avait été abandonnée. Chee le comprenait. Cela aussi, était naturel." (p.113-114).

 

Bernadette Manuelito (Bernie), que Jim Chee va épouser, partage totalement cette vision navajo des choses. Pour elle aussi, le respect de la vie et la conscience de la place de chaque être est une seconde nature:

 

"Depuis son plus jeune âge, la jeune femme avait appris à considérer toute chose vivante comme un citoyen doté des mêmes droits qu'elle au sein d'un cosmos naturel rude et sans merci. Tous sans exception, qu'il s'agisse d'une écolière, d'un scorpion, d'un lynx ou d'un vautour à tête rouge, avaient un rôle à jouer et étaient dotés du bon sens nécessaire à la survie, à condition d'en faire usage. Par conséquent, elle n'avait pas peur des serpents." (p.193).

 

Sa passion vive pour la botanique donne à Hillerman l'occasion de très belles pages sur les plantes de l'Arizona.

 

Pour en savoir plus sur la série de romans policiers dans lesquels évoluent Jim Chee et Joe Leaphorn:

 

http://polars.cottet.org/hillerman/hillerman.htm

 

http://www.chez.com/twinants/pages/hill.htm

 

Référence:

 

Tony Hillerman, L'Homme squelette, Rivages/Noir, 2008.

par Nuage publié dans : policier communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mercredi 30 juillet 2008

On se doutait bien que l'être humain était un animal juste un peu différent des autres. Effet de point de vue. Dans son essai Le Mal propre, Michel Serres, que l'on ne présente plus, réfléchit au problème des pollutions en empruntant cette focale. Je cite l'incipit:

"Le tigre pisse aux limites de sa niche. Le lion et le chien aussi bien. Comme ces mammifères carnassiers, beaucoup d'animaux, nos cousins, marquent leur territoire de leur urine, dure, puante; et de leurs abois ou de leurs chansons douces, comme pinsons et rossignols." (p.5)

Les pollutions en question dans le texte sont déjà sous-jacentes dans ces deux phrases.C'est la saleté définie comme la marque d'appropriation d'un lieu ou d'un objet:

"Le crachat souille la soupe, le logo l'objet, la signature la page: propriété, propreté, même combat dit par le même mot, de même origine et de même sens. La propriété se marque, comme le pas laisse sa trace. A l'inverse, remarquez - mais oui! - qu'un hôtel nettoie ses chambres pour les mettre à disposition d'autrui." (p.7)

Doucement ou durement, le monde subit une dépossession de lui-même par les marques que lui appose (impose) l'espèce humaine, visiblement dominante. Les pollutions dures sont, pour le philosophe, des pollutions matérielles produites par la dérive comportementale générée par la multiplication cancéreuse d'une espèce. Osons parler d'invasion ou d'espèce invasive. C'est souvent le fruit d'un dérèglement: la surconsommation économique produit les décharges dont on ne sait plus que faire, les élevages intensifs le lisier, etc. Il y a aussi les pollutions appelées "douces" par Michel Serres: l'inflation de la communication, les images publicitaires, les odeurs et les bruits répandus dans l'atmosphère qui agressent, dérangent, s'imposent tout autant que les images. Les hommes possèdent le monde. Les hommes agissent comme des possédés:

"Possesseurs du monde, en volume, mais aussi du lien social. Ainsi font les maîtres des objets du monde, mais aussi des relations entre les hommes. Ainsi, maîtres de l'espèce, ils possèdent ce qui en fait l'humain, la sapience du langage. La réplication gouverne désormais les hommes. Tu ne parleras plus, tu n'émettras plus, tu n'imiteras plus que leur bruit.
Les voici devenus propriétaires de nos âmes, salies de laideur et encombrées de leurs répétitions jusqu'au gâtisme et à l'aliénation." (p.60)

Avec cette réflexion sur la souillure, qui va bien au-delà de la brève présentation que j'en fais, Michel Serres poursuit la réflexion entamée dans Le Parasite et Le Contrat naturel. Remarquons au passage la permanence de la référence à Rousseau. Dans  Le Mal propre, c'est le Discours et l'origine de l'inégalité parmi les hommes qui fonde la réflexion du philosophe. Il rejoint aussi d'autres pensées actuelles sur  la responsabilité d'une économie maladivement excroissante dans la survie de la planète Terre et de ses habitants divers et variés. Citons par exemple Jean Ziegler, François Terrasson et Jean-Marie Pelt, même si de grandes différences existent entre leurs orientations. Je n'ajoute pas à cette liste Luc Ferry et son très anthropocentré "nouvel ordre écologique" qui prend un certain nombre de raccourcis dont on pourrait sourire si le coeur y était.

Référence:
Michel Serres, Le Mal propre. Polluer pour s'approprier?, éditions Le Pommier, 2008.

par Nuage publié dans : philosophie communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Lundi 28 juillet 2008

"Les femmes se fâchaient, accusaient le gouvernement, mais Wangari n'aimait pas se plaindre. Elle voulait agir:
- Réfléchissez plutôt à ce que vous faites, disait-elle aux villageoises. Vous coupez les arbres du Kenya! Quand vous comprendrez que vous êtes en partie responsables du problème, vous aurez une partie de la solution."

"Quand vous comprendrez que vous êtes en partie responsables du problème, vous aurez une partie de la solution." Cette phrase à elle seule est précieuse et mérite d'être méditée y compris en dehors du contexte du livre de Claire A. Nivola qui raconte aux enfants l'histoire de Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004 pour avoir pris les arbres en main. Wangari Maathai, affectueusement surnommée en swahili Mama Miti: la mère des arbres. Faut-il encore présenter cette femme d'exception?

Un livre chaudement recommandé aux enfants et aux adultes (surtout?).

Référence:

Claire A. Nivola, Mama Miti. La mère des arbres, éditions Le Sorbier, 2008.

par Nuage publié dans : jeunesse communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mardi 1 juillet 2008

Si un seul mot suffisait à définir un livre, ce serait "complexité" que je choisirais pour ce carnet de voyage d'Olivier Germain-Thomas. L'occidental est frappé et séduit par la complexité des civilisations rencontrées sur l'axe Bénarès-Kyôto qui conduit le récit autobiographique de l'auteur, écrivain et homme de radio, érudit et voyageur. L'arrivée au Japon ne débarrasse pas Germain-Thomas de ce sentiment mais lui apporte le réconfort d'un art de vivre réparateur: la poésie en toute chose, ou presque. Le Japon moderne est certes vécu dans tous ses excès lui-aussi, mais sauvé de la critique par l'extrême amour de l'auteur pour l'Empire du Soleil Levant et par l'étonnement qui tranforme bien des situations. On sent qu'il est là-bas presque chez lui et qu'il apprécie vivement ce que d'aucuns décrient:

 

"Si l'on n'aime pas le poisson cru, les pousses venues de la forêt, les algues, le saké (tiède ou glacé), le thé vert, le shintô, si l'on trouve que les conventions sociales sont une atteinte à la liberté, que le raffinement est une afféterie, qu'il y a du mépris dans la distance, que s'incliner est une marque de faiblesse, que tout doit être étalé, qu'un rocher n'a pas d'âme, je conseillerais plutôt un séjour au Texas." (p.223-224)

 

La phrase illustre un genre d'humour largement pratiqué par l'homme de radio, humour auquel sont habitués les auditeurs de son émission du dimanche soir, For intérieur sur France Culture.

 

Mais je me rends compte que, emportée moi aussi par mon amour du Japon (toujours fantasmé et sans confrontation avec le réel), je commence par la fin et j'oublie le point de départ de ce périple (l'Inde) et ses étapes non négligeables (la Thaïlande, le Laos, le Vietnam et la Chine). Le voyage en question est une traversée de l'Asie par le sud, d'une ville spirituelle (Bénarès) à une autre (Kyotô). Aucun étonnement, donc, à ce que les découvertes, les réflexions, les expériences de l'auteur fassent la part belle à la spiritualité des univers traversés, avec souvent le souci de créer des passerelles comparatives:

 

- hindouisme: "La loi du karma est pour lui [un brahmane] aussi évidente que, pour nous, les lois de la gravitation ou de l'évolution. Ce n'est pas une question d'opinion. L'existence de "castes" est une loi naturelle. La naissance étant donnée en fonction des actes des vies antérieures (le karma justement), s'opposer aux inégalités est à ses yeux aussi vain que nier les parties du corps." (p.35);

 

- bouddhisme: "Se sentir chez soi dans le temple du Bouddha de Jade (Yufo Si) n'est pas le signe que le bouddhisme serait plus proche de nos mentalités. Comme pour le reste, nous l'adaptons à nos manques. Et l'intercession d'un sage nous est plus familière que l'impersonnel Tao." (p.134)

 

- chamanisme (un peu partout, parfaitement intégré): "Pour accentuer l'alliance du bouddhisme avec les manifestations naturelles dont le Chinois ne peut s'éloigner, il est dit que le ressac assez sonore dans le bas de la grotte évoque des paroles prononcées par le Bouddha lui-même." (p.140)

 

- confucianisme: "On pourrait se croire proche de Confucius par son humanisme (ren) et l'importance qu'il attache à parfaire l'homme par l'éducation. Mais son obsession des rites (li) ne trouve pas de place dans les mentalités modernes." (p.133)

 

- taoisme: "Pour notre époque, ennemie en apparence des hiérarchies et du respect d'un ordre supérieur, le taoïsme propose des ouvertures plus séduisantes. Mais chacun y met ce qu'il entend, et n'y entend goutte, tant cette conception d'une combinatoire naturelle est un blanc dans notre esprit. Pour s'en approcher, on pourrait conseiller comme posologie: cultiver en son jardin cent espèces dont on observe les humeurs, vivre de ductiles nuits d'amour, pratiquer l'ascension de sept montagnes sacrées, la guerre sans combattre, la transformation d'une larme en perle, l'observation du vol de la libellule… On peut aussi lire tout le corpus taoïste. Apprécier un nuage est préférable. "Seule la main qui efface peut écrire la vérité." Maître Eckart." (p.133).

 

- shintô: "Le shintô nous dit que la nature possède une conscience somme toute semblable à la nôtre." (p.221).

 

Ajoutons à cette panoplie spirituelle une pincée de critique politique lorsqu'on traverse la Chine (on n'y échappe pas):

 

"Dès le matin, je vais visiter quelques hutongs près de l'hôtel. Les ruelles de ces îlots sont si étroites, les cours des maisons si petites qu'on y pratique un viol par les yeux. Les habitants sont condamnés à devenir des curiosités touristiques; au moins ils ne croupissent pas dans les cages à lapins des banlieues. Peu à peu les hutongs rasés laisseront place à l'acier, au verre, miroir pour alouettes déplumées par la folie marchande. On en gardera quelques-uns, aliments de cartes-mémoires numériques qui remplacent les combinatoires complexes des souvenirs. Je me traite de charognard, je sors, je découvre le métro, je traverse Tian an Men, en jetant un regard vipérin sur le mausolée du président Mao au geste protecteur. La camarde reconnaissante." (p.160)

 

Ajoutons aussi des considérations sur l'art oriental, tout aussi difficile d'accès à un esprit occidental que les spiritualités locales:

 

"Avant de sortir du musée, arrêt devant l'Album de fleurs, oiseaux, herbes et insectes d'un artiste que j'ignorais. Apprécier la peinture chinoise n'est pas la comprendre; c'est recevoir les vibrations d'un trait de pinceau qui a pris la forme d'un bambou, d'un caillou ou d'un chou. Saisir l'âme d'un rouleau en oubliant de se torturer l'esprit, comme c'est simple! Une décantation qui m'a pris vingt ans…" (p.143)

 

L'occidental est par nature forcément déstabilisé dans un environnement anti-cartésien qui semble nier la prédominance du "cerveau gauche". La lecture de cette réalité n'efface pas l'envie de se colleter un jour avec ce vertige de l'esprit.

 

L'essai touche à l'aventure dans le récit de quelques épisodes dans lesquels l'auteur raconte, non sans un humour rentré, le fatal danger des voyages au long cours hors le rassurant encadrement des agences spécialisées dans le business touristique. Je ne peux pas terminer sans vous livrer ce passage. Il dit bien, en tout cas, la "nudité" de l'homme dans le monde quand les repères sont tombés et quand le repaire est loin. Nous sommes en Thaïlande:

 

"Le village dormait sous un tiers de lune. Je me suis assis sur le tronc de la lisière. La forêt était remplie de bruits. En moi: plénitude et peur. J'ai entendu un glissement sous des feuillages. Un serpent? Je n'ai pas bougé. Il n'y avait pas de raison qu'il m'attaque, mais je n'avais aucune lumière sur les usages des reptiles la nuit, dans cette montagne habitée par les esprits. A Um Muang, j'avais honoré des nagas de pierre réputées pour leurs dons de poète. Le réel est plus coriace. Un léger chuintement; puis le bruit a cessé. L'animal attendait; moi aussi. Peut-être, fugitivement, ai-je été tenté par l'absolu de la mort sous ces arbres qui touchaient les étoiles. Un nouveau glissement m'a rendu mes défenses. Et lui, le reptile au sang froid, où en était-il? Il devait savoir qu eje n'étais pas comestible. S'il s'agissait d'un concours de patience dans l'immobilité, j'étais prêt à relever le défi, mais malgré mes élans vers Mère nature (facile dans les jardins), je ne suis pas dans toutes ses confidences. Elle ne m'envoyait aucun signe. Si je bondissais vers le village, le reptile s'enfuirait-il ou m'attaquerait-il d'une morsure décisive? J'ai chassé l'image des Shiva de Bénarès. L'irruption était trop grossière. Je suis resté figé, respiration immobile. J'ai prié avec la foi de mon enfance. Au bout de combien de temps me suis-je levé et ai-je regagné d'un pas tranquille l'échelle de ma maison, ma couche, les puces?" (p.92-93)

 

Référence:

Olivier Germain-Thomas, Le Bénarès-Kyotô, éditions du Rocher, collection La fantaisie du voyageur, 2007.

 

(prix Renaudot 2007 du meilleur essai)

 

 

par Nuage publié dans : aventure humaine communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Vendredi 27 juin 2008

L'anthropologue et sociologue français David Le Breton conduit des recherches à l'université de Strasbourg II sur l'anthropologie du corps. Il a publié en 2000 un essai intitulé Eloge de la marche. Il y énonce un grand nombre de vérités à la fois intimes et universelles, tellement simples qu'elles relèvent parfois de la banalité ("On ne fait pas un voyage, le voyage nous fait et nous défait, il nous invente." - p.168)

 

Voir. Sentir. Ressentir. Ecouter. L'essai éclaire les fonctions physiologique en jeu dans l'acte de marcher. Promenade. Flânerie. Pèlerinage des "butineurs de spiritualité" (p.150) (j'aime l'expression). Traversée pédestre de la ville. Randonnée dans la nature. Il balaye les variations de la marche. Le lecteur-marcheur se reconnaît dans ces teintes et demi-teintes. Les forces naturelles et cosmiques sont omniprésentes dans cette palette, adjuvants ou opposants du marcheur selon l'intensité de la présence, selon le degré de fatigue.

 

Lire sur la marche ne remplace pas marcher, bien évidemment. La lecture procure des nostalgies, des envies et une invitation à y céder.

 

"La relation au paysage est toujours une affectivité à l'œuvre avant d'être un regard. Chaque lieu manifeste ainsi un feuilletage de sentiments différents selon les individus qui s'en approchent et l'humeur du moment. Chaque espace contient en puissance des révélations multiples, c'est pourquoi aucune exploration n'épuise jamais un paysage ou une ville. On ne se lasse que de vivre. La marche est confrontation à l'élémentaire, elle est tellurique et si elle mobilise un ordre social marqué dans la nature (routes, sentiers, auberges, signes d'orientation, etc.), elle est aussi immersion dans l'espace, non seulement sociologie, mais aussi géographie, météorologie, écologie, physiologie, gastronomie, etc. En le soumettant à la nudité du monde, elle sollicite en l'homme le sentiment du sacré. Emerveillement de sentir l'odeur des pins chauffés par le soleil, de voir un ruisseau couler à travers champ, une gravière abandonnée avec son eau limpide au milieu de la forêt, un renard traverser nonchalamment un sentier, un cerf s'arrêter dans la futaie pour regarder passer les intrus." (p.74)

par Nuage publié dans : aventure humaine communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mardi 17 juin 2008

Jacques Brosse est décédé au début de cette année (le 3 janvier 2008). Il avait 85 ans. Ce philosophe passionné par la vie sous toutes ses formes est connu pour sa conversion au bouddhisme zen en 1974. Il commence à enseigner le bouddhisme en 1976 et fonde en 1996 l'association zen Dôshin. En 1953, il entre avec son épouse Simonne Jacquemard au Centre de recherches sur les migrations des mammifères et des oiseaux au Museum national d'histoire naturelle. Ils font ensemble de leurs lieux de vie des réserves naturelles: la Devinière dans la Sarthe (30 hectares) et le Verdier en Dordogne (24 hectares). Jacques Brosse, explorateur naturaliste du monde qui l'entoure donne souvent une empreinte anthropo-religieuse à ses pensées, réunissant ainsi tout ce qui le constitue. En 1987, il reçoit le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Citons quelques titres évocateurs parmi la quarantaine d'ouvrages qu'il a publié. Parmi eux, un grand nombre traite de religion et de spiritualité:

 

Satori: dix ans d'expérience avec un maître zen, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, 1984.

 

Cinq méditations sur le corps plus une, éditions du Rocher, collection Gnose, 1991.

 

Les Maîtres zen, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, 2001.

 

Le Bouddha, J'ai Lu, 2001.

 

L'univers du zen, Albin Michel, collection Beaux Livres, 2003.

 

Les Maîtres spirituels, Albin Michel, collection spiritualités, 2005.

 

Pratique du zen vivant: l'enseignement de l'éveil silencieux, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, 2005.

 

D'autres marquent sa passion pour la nature, les arbres en particulier:

 

Mythologie des arbres, Petite bibliothèque Payot 1993.

 

Larousse des arbres et des arbustes, Larousse, 1998.

 

Dictionnaire des arbres de France: histoire et légendes, Christian de Bartillat, 2002.

 

Le Chant du loriot ou l'éternel instant, Plon, 2003.

 

La Magie des plantes, Albin Michel, collection Espaces libres, 2005.

 

Illustrant le sens du questionnement qui est le sien, sa place entre Occident et Orient, sa profonde connaissance mystique, son testament spirituel est vraissemblablement:

 

Pourquoi naissons-nous et autres questions impertinentes, Albin Michel, collection Spiritualité, 2007.

 

Je m'arrête quant à moi sur Le bonheur-du-jour, carnet d'émerveillements inspiré par le quotidien: celui né de l'observation des plantes, des oiseaux et du jardin; celui né d'instants de voyages, de rencontres éphémères, de lieux traversés. Cette merveille qui porte si bien son nom vient de paraître, ouvrage posthume, aux éditions de La Table Ronde. Les quelques extraits que je veux partager se passent de mes mots:

 

"Samedi 18.

Lorsque je me promène dans la prairie, qui suis-je pour le taon? Une espèce de bétail vertical à la peau nue qui l'attire. Et pour la cigale qui, chantant à tue-tête, ne m'a pas entendu approcher, mais, en me voyant, s'est tue? Une ombre. Et pour ce papillon, un silène, qui me laisse examiner le dessin de ses ailes fermées que lui ne connaît pas? Un admirateur. Et pour la Terre? Le plus nocif de ses parasites. Puissé-je l'en dissuader!" (p.91)

 

"Jeudi 6.

Les cercles concentriques que forme chaque goutte de pluie dans l'eau du caniveau, qui les as vus? Ils sont parfaits, mais aussitôt disparus." (p.101)

 

Samedi 9.

La pire des maladies de l'époque: la convoitise, aveugle, obsédante, insatiable, avec son corollaire, la tyrannie, contagieuse, universelle de l'argent." (P.161)

 

"Mardi 20.

Sur le rebord de la fenêtre, les mésanges bleues viennent chercher de menus morceaux roses des biscuits de Reims qu'elles vont becqueter parmi les fleurs roses du prunus." (p.11)

  

Références:

 

Le bonheur-du-jour, Editions de la Table Ronde, 2008.

A propos de Jacques Brosse:

"Écologie, bouddhisme et christianisme" article écrit pour le magazine Nouvelles clés.

 

"Ecologie et spiritualités: vers un réenchantement du monde". Jacques Brosse est l'un des parrains de cette rencontre organisée par le WWF.

 

"Pour une terre plus humaine": un témoignage de Jacques Brosse pour le Centre d'études arctiques.

Actes des rencontres "Religions et environnement" du monastère de Solan les 11 et 12 octobre 2001 sous l'égide du WWF.
par Nuage publié dans : aventure humaine communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Jeudi 12 juin 2008

Je lis Le Mur invisible de l'autrichienne Marlen Haushofer. Le livre me fait grande impression. Après ce qu'on devine être une catastrophe planétaire, la narratrice se retrouve coincée seule avec un chien, une chatte et une vache dans un chalet au milieu d'une forêt dans la montagne autrichienne. Elle est séparée du reste du monde par un mur invible au-delà duquel elle découvre un paysage où seule la vie végétale a survécu. Dans le périmètre qui constitue sa prison naturelle, la narratrice organise sa survie autour de gestes simples quotidiens qu'elle réapprend: traire la vache, couper le bois, planter les haricots, barrater la crème, nourrir les animaux… Le sentiment de l'étrange et de l'irrémédiable se mêle au danger et à la peur d'un mal inconnu qui peut frapper à tout instant. Le roman est par ailleurs un formidable hymne à la nature et l'on se surprend à rêver que le temps puisse se suspendre, sans qu'aucune action autre que les gestes cycliques de la vie simple ne vienne interrompre la fragile harmonie. Je n'ai jamais eu à ce point l'envie de modifier le destin des personnages d'une histoire. Je suis tentée par l'idée de ne pas terminer le livre, ce qui pourrait être une manière de supprimer le drame annoncé. Cette femme et ces animaux au milieu d'un jardin d'eden précaire réinventé par Marlen Haushofer en 1968, j'ai envie de les immortaliser, d'oublier leur fin probable, de déchirer les dernières pages. Oui, ce livre fait grande impression.

 

Voici quelques extraits du journal de cette femme derrière le mur invisible, fait de réflexions sur la condition humaine et sur l'observation de la nature:

 

"Je fais ma toilette tous les jours, me brosse les dents, lave mon linge et nettoie la maison.

Je ne sais pas pourquoi je le fais, j'obéis à une sorte d'exigence intérieure. Si j'agissais autrement, j'aurais sans doute peur de cesser peu à peu d'appartenir au genre humain et je craindrais de me mettre à ramper sur le sol, sale et puante, en poussant des cris incompréhensibles. Ce n'est pas que je redoute de devenir un animal, cela ne serait pas si terrible, ce qui est terrible c'est qu'un homme ne peut jamais devenir un animal, il passe à côté de l'animalité pour sombrer dans l'abîme. Je ne veux pas que cela m'arrive." (p.51)

 

"Je ne vis ma première vipère que plus tard, sur l'alpage; elle était couchée sur une pente caillouteuse et se chauffait au soleil. A partir de ce moment je n'eus plus jamais peur d'un serpent. La vipère était belle et quand je le vis exposée à la chaleur du soleil, j'eus la certitude qu'elle ne pensait pas à mordre. Ses pensées étaient très loin de moi, elle ne voulait rien d'autre que rester coucher sur les pierres blanches et se laisser baigner par la lumière et le soleil. Je préférais quand même que Lynx soit resté à la maison. Sans doute ne se serait-il pas approché du serpent. Je ne l'ai jamais vu s'attaquer à un serpent ni d'ailleurs à un lézard. Il se mettait parfois à fouiller le sol à la recherche d'une souris mais il réussissait rarement à en dénicher une dans cette terre remplie de cailloux." (p.100)

 

Les animaux sont pour elle un secours infini. Leur compagnie est vitale et persiste au-delà des portes de la perception comme en témoignent ces deux passages où elle évoque la disparition très tôt annoncée de son chien Lynx:

 

"Je ne suis pas surprise d'entendre à tout moment craquer derrière moi des branches sous ses pattes légères. En quel autre lieu pourrait errer sa petite âme de chien si ce n'est sur mes traces? C'est un fantôme aimable et je n'en ai pas peur. Lynx mon brave et beau chien, mon chien, il est probable que c'est seulement dans ma pauvre tête qu'existe le bruit de tes pas, le reflet de ton pelage. Tant que je vivrai, tu suivras ma trace, affamée et consumée de désir, je suis d'invisibles traces." (p.136)

 

"Depuis sa mort je rêve souvent d'animaux. Ils me parlent comme des humains et dans mes rêves cela me semble tout naturel. Les gens qui peuplaient mes nuits pendant le premier hiver ont complètement disparu. Je ne les vois plus jamais. Ils ne se montraient pas particulièrement aimables dans ces rêves, alors que les animaux y sont amicaux et pleins d'entrain. Mais à la réflexion il n'y a là rien d'étonnant, cela montre tout au plus ce que j'ai toujours attendu des hommes et ce que j'ai toujours attendu des animaux." (p.174)

 

Le Mur invisible livre de nombreux sujets de reflexion universels et tutoie l'intime.

Merci Brigitte, pour cette découverte! 

 

Référence:

 

Marlen Haushofer, Le Mur invisible, collection Babel poche, Actes Sud, 1992.

 

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Mercredi 11 juin 2008

Santoka ("Le feu au sommet de la montagne"), de son vrai nom Taneda Shoichi (1882-1940), est un moine zen, vagabond porté sur le saké, moine poète englouti dans la contemplation de la nature. Il a produit une énorme quantité de haiku pour lesquels il s'est libéré de la règle des 5-7-5 syllabes et de la présence du marqueur de la saison (règle du kigo). Après une vie laïque remplie de drames et assujettie à la boisson, il devient moine un peu par hasard et se retire dans plusieurs ermitages successifs. Santoka fait de la marche son hygiène de vie, sa liberté, sa voie:

 

"Un contact prolongé avec les gens engendre l'attachement, le conflit et la haine. Pour me débarrasser des conflits intérieurs et de la haine, j'ai besoin de marcher." (p.11)

 

Il se fixe trois prétextes:

- ne pas se plaindre;

- ne pas se mettre en colère;

- ne pas gaspiller.

 

Il prononce trois vœux:

- ne pas vouloir l'impossible;

- ne pas regretter le passé;

- ne pas se culpabiliser.

 

Il exprime trois joies:

- l'étude;

- la contemplation;

- le haiku.

 

A la veille de sa mort, il déclare:

 

"Après la réunion de demain, j'entamerai un dernier voyage. Je veux me jeter une dernière fois dans la nature. Je n'en ai plus pour très longtemps à vivre et j'aimerais, comme les moineaux et les éléphants, mourir seul, en paix, dans un champ." (p.36)

 

Toutes ces informations sur le poète sont collectées dans la préface de CHENG Wing fun et Hervé COLLET au recueil de Santoka: Zen saké haiku. L'ouvrage offre une sélection de haiku du poète. Voici, parmi mes préférés:

 

 

sur mes pieds fatigués

une libellule

s'est posée

(p.46)

 

 

éclatants

les chardons

après la pluie matinale

(p.81)

 

 

plein de gratitude

d'être encore en vie

je rapièce mes vêtements

(p.120)

 

 

l'ondée du soir

a lavé les aubergines

que je cueille

(p.84)

 

 

dans le vent

je ramasse une branche morte

et continue à marcher

(p.72)

 

 

rien d'autre à faire

que de mourir

les montagnes embrumées

(p.117)


Merci Anne-Marie!

Référence:

Santoka. Zen saké haiku

Préface et traduction de CHENG Wing fun et Hervé COLLET

Editions Moundarren, 2003

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Jeudi 5 juin 2008
Louis-Ferdinand Céline était-il un visionnaire désenchanté?

J'ai tendance à le croire, Le Voyage au bout de la nuit au fond de la mémoire.

J'ai collecté dans l'entretien vidéo du Dr Destouches avec Louis Pauwels datant de 1961 (ci-dessous), quelques répliques qui méritent l'attention.  L'entretien dans son entier semble parfois très actuel, parfois intemporel, malgré le contexte historique appuyé.

- Réponse à la question du journaliste qui lui demande pourquoi il a choisi d'être médecin: "S'il souffre il [l'homme] va encore être plus méchant que d'habitude."

- "Je ne suis pas un être de joie. Je ne suis pas un passager."

- "Je ne m'intéresse pas aux hommes. Je m'intéresse aux choses."

- "Je n'aime pas ce qui est commun, ce qui est vulgaire. Je veux dire qu'une prison est une chose distinguée, parce que l'homme y souffre. Tandis que la fête à Neuilly est une chose très vulgaire parce que l'homme s'y réjouit. C'est ainsi la condition humaine."

- "J'ai manqué d'égoïsme. C'est assez rare. Le monde en est plein."




Céline 3
by Ali_La_Pointe


Les entretiens de Céline sont sortis en DVD sous le titre Céline vivant, éditions Montparnasse, 2006.
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Mercredi 4 juin 2008

Dans Les évangiles du lac, aucun homme ne marche sur l'eau, et pourtant il y a quelques miracles. On y rencontre des fées et des gnomes. L'évangile est païen et la bonne parole portée par des personnages hauts en couleur.

 

Parmi eux, en tout premier lieu, Suzy Fuchs (l'histoire se passe en Alsace). C'est une jeune femme bien dans sa peau qui délivre une litanie païenne au narrateur, pauvre publicitaire parisien en exil volontaire loin des pots d'échappement et des futilités urbaines. Elle l'initie à un culte païen non dénué d'un certain bon sens malgré les apparences.

 

"Elle m'a pris le bras.

- Tu sais, il faut que tu comprennes une chose, c'est qu'on est pas des hippies pourris qui pensons que les esprits sont tous gentils.

- Si tu le dis.

- On est pas des rescapés de Findhorn. On n'adore pas l'esprit des petits pois. C'est clair?

- Ouais.

- Nous, on sait qu'ils peuvent être terribles. Pigé?

- Ouais.

- On sait que le monde est l'enjeu d'une lutte quotidienne entre les forces de vie et les puissances de destruction…

- C'est à peu près ce que le curé dit, non?

- C'est pas du tout ce que dit le curé. Moi, ce que je dis, c'est que pour faire reculer les forces de destruction, il faut entrer en harmonie avec les résonances cosmiques…

- Ouais.

- Il faut organiser le chaos."  (p.244- 245)

 

On rencontre aussi le père de Suzy, surnommé Fifty-Fifty (vous saurez pourquoi en lisant le livre), contrôleur SNCF de l'ancienne école et "mystique du rail" aux engagements politiques bien marqués:

 

"- La vitesse créera des dégénérescences morbides sur les passagers. Hahaha. Vous ne me croyez pas? C'est pourtant dans les archives . Sacrés visionnaires! Vous votez, cher monsieur?

- Euh, ça m'arrive, oui.

- C'est une grave erreur. Vous avez quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent de contribuer à l'élection d'un crétin et à peu près autant qu'il soit doublé d'un bandit. Personnellement, les hommes politiques et les savantasses, j'en fais un paquet et hop! A la Thur!" (p.46)

 

Ajoutons l'abbé Nono (forcément, les évangiles…) qui est aussi improbable que les autres. Il se caractérise par sa tenue vestimentaire (soutane, goupillon et rangers) et par un discours violent dans les sermons autant que dans la vie: