Les évangiles du lac

Publié le par Nuage

Dans Les évangiles du lac, aucun homme ne marche sur l'eau, et pourtant il y a quelques miracles. On y rencontre des fées et des gnomes. L'évangile est païen et la bonne parole portée par des personnages hauts en couleur.

 

Parmi eux, en tout premier lieu, Suzy Fuchs (l'histoire se passe en Alsace). C'est une jeune femme bien dans sa peau qui délivre une litanie païenne au narrateur, pauvre publicitaire parisien en exil volontaire loin des pots d'échappement et des futilités urbaines. Elle l'initie à un culte païen non dénué d'un certain bon sens malgré les apparences.

 

"Elle m'a pris le bras.

- Tu sais, il faut que tu comprennes une chose, c'est qu'on est pas des hippies pourris qui pensons que les esprits sont tous gentils.

- Si tu le dis.

- On est pas des rescapés de Findhorn. On n'adore pas l'esprit des petits pois. C'est clair?

- Ouais.

- Nous, on sait qu'ils peuvent être terribles. Pigé?

- Ouais.

- On sait que le monde est l'enjeu d'une lutte quotidienne entre les forces de vie et les puissances de destruction…

- C'est à peu près ce que le curé dit, non?

- C'est pas du tout ce que dit le curé. Moi, ce que je dis, c'est que pour faire reculer les forces de destruction, il faut entrer en harmonie avec les résonances cosmiques…

- Ouais.

- Il faut organiser le chaos."  (p.244- 245)

 

On rencontre aussi le père de Suzy, surnommé Fifty-Fifty (vous saurez pourquoi en lisant le livre), contrôleur SNCF de l'ancienne école et "mystique du rail" aux engagements politiques bien marqués:

 

"- La vitesse créera des dégénérescences morbides sur les passagers. Hahaha. Vous ne me croyez pas? C'est pourtant dans les archives . Sacrés visionnaires! Vous votez, cher monsieur?

- Euh, ça m'arrive, oui.

- C'est une grave erreur. Vous avez quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent de contribuer à l'élection d'un crétin et à peu près autant qu'il soit doublé d'un bandit. Personnellement, les hommes politiques et les savantasses, j'en fais un paquet et hop! A la Thur!" (p.46)

 

Ajoutons l'abbé Nono (forcément, les évangiles…) qui est aussi improbable que les autres. Il se caractérise par sa tenue vestimentaire (soutane, goupillon et rangers) et par un discours violent dans les sermons autant que dans la vie:

 

"Le curé commençait à s'exalter. Il fixait ses quatre paroissiens l'un après l'autre.

- Entendez-vous ce que je dis, tas de charognes puantes?

Le vieux a soudain relevé la tête avant de la laisser retomber en trois temps.

- Prosternez-vous devant la Sainte Face! Il n'est que temps! Réclamez la souffrance! Revenez au Christ! La forteresse est assiégée! Préparez-vous au Grand Rire de la fin des temps qui engloutira tout! Et foutez-moi le camp maintenant! Dans la paix du Christ!" (p.271-272)

 

Le tableau serait incomplet sans Monsieur Ratatosk (un écureuil) et Louiele (un motard simple d'esprit) que je ne citerai pas puisqu'ils ne parlent pas ou par borborygmes à quelques exceptions près. Je taierai le vieil ermite barbu de la forêt dont on ne sait pas s'il est un mirage. Je n'évoque qu'en passant le vieux paysan surnommé "Munster pourri". Et je ne dévoilerai rien de l'hilarant réalisme des touristes verts!

Le roman est savoureux, très amusant et développe des accents prophétiques à peine caricaturaux.

 

L'auteur de ce roman qui s'enracine dans les légendes des forêts alsaciennes, c'est Olivier Maulin, originaire de la région. Il a publié trois romans chez L'esprit des péninsules:

- En attendant les rois du monde (2006), prix Ouest France du festival Etonnants voyageurs;

- Derrière l'horizon (2007);

- Les évangiles du lac.(2008).

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Publié dans humour

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