Vivienne de Watteville

Publié le par Nuage

Ah! Les grands plaisirs de la Petite Bibliothèque Payot!

 

L'aventurière britannique Vivienne de Watteville (1900-1957) n'a pas gardé rancune au fauve africain responsable du décès de son père, le naturaliste suisse Bernard de Watteville. Ce sont des accessoires très pacifiques qui l'accompagnent dans son aventure: du thé, un gramophone, un appareil photo, des livres. Sa meilleure amie (qui n'est pas accessoire) est la petite chienne Ski qui a l'originalité de se prendre pour une lionne.

Nous ne sommes pas dans l'Afrique coloniale de Karen Blixen: pas de mondanités, pas de safaris ni de parties de jambes en l'air. L'aventure de Vivienne de Watteville est faite essentiellement de solitude et de contemplation. C'est une autre façon de rompre avec les conventions sociales. Elle a bien quand même un domestique ou deux: la jeune femme appartient pour moitié à l'aristocratie britannique, n'exagérons rien! On n'échappe pas aussi facilement à son milieu et on ne passe pas plusieurs mois dans la brousse sans un minimum de confort. C'est déjà une prouesse d'échapper au carcan de la condition féminine. La disparition de son père  lui a peut-être facilité la tâche. Doit-elle à la faune africaine sa relative liberté? C'est un raccourci blasphématoire, j'en conviens. L'amour des animaux est en tout cas sa motivation principale:

 

"[…] mon rêve à moi, ç'avait toujours été de m'en aller dans la brousse, sans armes, et, pour ainsi dire, sans arrière-pensée, et de gagner l'amitié des bêtes sauvages. Je n'enviais personne autant qu'Androclès qui, grâce à un incident aussi simple que celui d'avoir rencontré un lion avec une épine dans la patte, et grâce aussi à son habileté à retirer ladite épine, avait gagné la dévotion du lion lui-même." (Un Thé chez les éléphants, p.11)

 

Certes nous trouvons ici le besoin tristement humain de la reconnaissance animale (le terme "dévotion" est d'un lyrisme excessif) alors que celui des animaux est davantage "qu'on leur foute la paix" (Théodore Monod).

Retenons surtout que la démarche de Vivienne de Watteville annonce les aventurières de l'avenir en Afrique, en particulier les femmes admirables qui ont vécu et vivent un profond engagement en faveur de la cause animale et végétale: par exemple, les primatologues Dian Fossey et Jane Goodall et Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004 pour son action contre la déforestation, l'érosion des sols et l'appauvrissement des populations qui en résulte.

 

Pour revenir à la plume de Vivienne de Watteville, les deux ouvrages disponibles en traduction française sont de belles parenthèses, des récits d'atmosphère dans lesquels la part du Moi n'est pas pesante mais laisse place à de belles réflexions. L'auteure est tournée vers l'extérieur d'elle-même et se nourrit du monde. Jugez vous-même:

 

"On peut bien errer parmi les étoiles et se perdre dans l'immensité, comme on peut revenir étudier les fourmis ou la science de l'atome, et trouver même un univers aussi merveilleux dans son propre corps.

Le monde est rempli de centaines d'admirables objets que nous n'aurons jamais le temps de découvrir; il n'y a pas de temps à perdre en regrets sur des petits dilemmes individuels; la vie est trop brève et trop merveilleuse. On n'a pas le temps d'être méchant, envieux ou mesquin, et il est absurde d'enchaîner son esprit aux trivialités du moment. On ne peut rivaliser de grandeur avec la vie qu'en marchant avec elle; non pas en quêtant l'amour, mais en le répandant; non pas en essayant d'être compris mais en apprenant à comprendre." (Un Thé chez les éléphants, p. 182)

 

 

"L'on n'éprouve de gratitude que là où l'on sent une obligation: l'on n'apprécie que ce qui est difficile à obtenir ou ce qui se paie en une monnaie palpable et que l'on peut posséder. Ce qui appartient à tout le monde n'appartient à personne, et l'on considère ce qui nous plaît avec plus de regret que de plaisir, parce qu'on ne le possède pas. Et pourtant, que gagne-t-on de plus à la possession? On se débarrasse d'une inquiétude et l'on se croit satisfait. Mais l'esprit du plaisir est impalpable comme la fleur irisée que l'on efface des ailes des papillons que l'on capture." (p.82-83, Petite musique de chambre sur le mont Kenya).

 

 

Bibliographie de Vivienne de Watteville

 

Un Thé chez les éléphants, retour au Kenya, Petite bibliothèque Payot, collection Voyageurs, 2001.

Petite musique de chambre sur le mont Kenya, Petite bibliothèque Payot, collection Voyageurs, 2001.

 

Les deux volumes sont issus de l'ouvrage anglais Speak to the Earth, wanderings and reflections among elephants and montains publié en 1935.

 

En 1937, Vivienne de Watteville a publié Out to the blue, non traduit en français et à ma connaissance indisponible en anglais.

En 1965, Seeds that the wind may bring, idem.

 

 

Pour compléter

 
Un excellent article sur les ouvrages des femmes européennes dans l'Afrique coloniale:

http://aflit.arts.uwa.edu.au/colonies_20e_fr.html 

Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix en 2004:
http://nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2004/press.html

 

The Dian Fossey Gorilla Fund:
http://www.gorillafund.org/

L'institut Jane Goodall France:
http://www.janegoodall.fr/

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Publié dans aventure humaine

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H
Elisabeth de Fontenay c'est la soeur de Geneviève ? :-)
Répondre
N
Voici un humour que je reconnaîtrais entre mille! Pas besoin de te cacher derrière un pseudo qui te va d'ailleurs comme un gant! Je pense qu'Elisabeth ne porte pas le même genre de chapeau que Geneviève!