Marcher!
Une belle plume que Sylvain Tesson, figure romantique moderne du voyageur sans moteur. Il utilise ses pieds (en marchant ou pédalant) et accessoirement ceux des autres (du cheval par exemple) pour parcourir le monde. L'Asie, pour l'essentiel.
Pourquoi ce mouvement inlassable? Sylvain Tesson répond dans un entretien découvert au hasard de mes (pauvres) voyages virtuels:
"Quand on abat les kilomètres avec sa propre force, sa propre énergie, on a un autre rapport au monde extérieur. Comme ça vous coûte, vous l’appréciez davantage. J’ai une grande force vitale et parfois je me sens comme un lion en cage entre quatre murs. Quand je marche dans les steppes pendant dix heures, je canalise cette énergie, mon corps est employé à quelque chose. Il y a une harmonie de la marche. La marche irrigue le cerveau, éloigne de la suralimentation, de la surinformation qui nous polluent. Il vous vient tout à coup des pensées qui sont des fulgurances, qui ne vous viendraient jamais le cul à votre table de travail. Il y a une écriture et une inspiration du mouvement nomade. Pourquoi les philosophes marchaient-ils ? Je suis sûr qu’il y a une raison neurobiologique. L’effort physique crée des étincelles grâce à la circulation du sang. Je prends mes notes le soir au bivouac. Pendant la journée, je sais que j’ai rendez-vous avec cette heure d’écriture. C’est un moyen formidable de retenir la fuite du temps. Penser à cette page blanche vous oblige à mieux écouter ce qu’on vous dit, à mieux regarder ce qu’il y a autour de vous, à vivre plus densément. La solitude, infiniment propice à l'écriture, est une façon magnifique pour le voyageur de mieux sentir, capter, rencontrer. Ce que vous avez en vous, vous le perdez un peu en le racontant aux autres." (Source)
Je le confesse: j'envie Sylvain Tesson. Oui, le sentiment est bas et le péché capital. A l'heure ou le Vatican en révise à la hausse sa liste officielle, je vais m'en tenir à l'ancienne tradition (Dieu merci!) et ajouter la gourmandise à mon sac à dos pour l'enfer. Je vais savourer avec vous trois phrases du Petit traité sur l'immensité du monde. Trois petites phrases d'une saveur exquise qui réveillent en moi un bouillonnement venu du fond des âges:
"Comment se fatiguerait-on des échos païens soulevés sous les nefs tropicales par le cantique permanent de la sève et du sang. La jungle est la plus puissante des hérésies, l'arbre, le meilleur refuge pour les fées répudiées. Voilà pourquoi en Europe celui qui tenait le goupillon n'a jamais eu cognée bien loin (Petit traité sur l'immensité du monde Editions des Equateurs, 2005, p.35).
ça vous étonne tant que ça, vous, que Sylvain Tesson soit dans le comité de soutien de l'Institut de recherche sur les expériences extraordinaires?