Zen, sake, haiku
Santoka ("Le feu au sommet de la montagne"), de son vrai nom Taneda Shoichi (1882-1940), est un moine zen, vagabond porté sur le saké, moine poète englouti dans la contemplation de la nature. Il a produit une énorme quantité de haiku pour lesquels il s'est libéré de la règle des 5-7-5 syllabes et de la présence du marqueur de la saison (règle du kigo). Après une vie laïque remplie de drames et assujettie à la boisson, il devient moine un peu par hasard et se retire dans plusieurs ermitages successifs. Santoka fait de la marche son hygiène de vie, sa liberté, sa voie:
"Un contact prolongé avec les gens engendre l'attachement, le conflit et la haine. Pour me débarrasser des conflits intérieurs et de la haine, j'ai besoin de marcher." (p.11)
Il se fixe trois prétextes:
- ne pas se plaindre;
- ne pas se mettre en colère;
- ne pas gaspiller.
Il prononce trois vœux:
- ne pas vouloir l'impossible;
- ne pas regretter le passé;
- ne pas se culpabiliser.
Il exprime trois joies:
- l'étude;
- la contemplation;
- le haiku.
A la veille de sa mort, il déclare:
"Après la réunion de demain, j'entamerai un dernier voyage. Je veux me jeter une dernière fois dans la nature. Je n'en ai plus pour très longtemps à vivre et j'aimerais, comme les moineaux et les éléphants, mourir seul, en paix, dans un champ." (p.36)
Toutes ces informations sur le poète sont collectées dans la préface de CHENG Wing fun et Hervé COLLET au recueil de Santoka: Zen saké haiku. L'ouvrage offre une sélection de haiku du poète. Voici, parmi mes préférés:
sur mes pieds fatigués
une libellule
s'est posée
(p.46)
éclatants
les chardons
après la pluie matinale
(p.81)
plein de gratitude
d'être encore en vie
je rapièce mes vêtements
(p.120)
l'ondée du soir
a lavé les aubergines
que je cueille
(p.84)
dans le vent
je ramasse une branche morte
et continue à marcher
(p.72)
rien d'autre à faire
que de mourir
les montagnes embrumées
(p.117)
Merci Anne-Marie!
Référence:
Santoka. Zen saké haiku
Préface et traduction de CHENG Wing fun et Hervé COLLET
Editions Moundarren, 2003