Eloge de la marche
L'anthropologue et sociologue français David Le Breton conduit des recherches à l'université de Strasbourg II sur l'anthropologie du corps. Il a publié en 2000 un essai intitulé Eloge de la marche. Il y énonce un grand nombre de vérités à la fois intimes et universelles, tellement simples qu'elles relèvent parfois de la banalité ("On ne fait pas un voyage, le voyage nous fait et nous défait, il nous invente." - p.168)
Voir. Sentir. Ressentir. Ecouter. L'essai éclaire les fonctions physiologique en jeu dans l'acte de marcher. Promenade. Flânerie. Pèlerinage des "butineurs de spiritualité" (p.150) (j'aime l'expression). Traversée pédestre de la ville. Randonnée dans la nature. Il balaye les variations de la marche. Le lecteur-marcheur se reconnaît dans ces teintes et demi-teintes. Les forces naturelles et cosmiques sont omniprésentes dans cette palette, adjuvants ou opposants du marcheur selon l'intensité de la présence, selon le degré de fatigue.
Lire sur la marche ne remplace pas marcher, bien évidemment. La lecture procure des nostalgies, des envies et une invitation à y céder.
"La relation au paysage est toujours une affectivité à l'œuvre avant d'être un regard. Chaque lieu manifeste ainsi un feuilletage de sentiments différents selon les individus qui s'en approchent et l'humeur du moment. Chaque espace contient en puissance des révélations multiples, c'est pourquoi aucune exploration n'épuise jamais un paysage ou une ville. On ne se lasse que de vivre. La marche est confrontation à l'élémentaire, elle est tellurique et si elle mobilise un ordre social marqué dans la nature (routes, sentiers, auberges, signes d'orientation, etc.), elle est aussi immersion dans l'espace, non seulement sociologie, mais aussi géographie, météorologie, écologie, physiologie, gastronomie, etc. En le soumettant à la nudité du monde, elle sollicite en l'homme le sentiment du sacré. Emerveillement de sentir l'odeur des pins chauffés par le soleil, de voir un ruisseau couler à travers champ, une gravière abandonnée avec son eau limpide au milieu de la forêt, un renard traverser nonchalamment un sentier, un cerf s'arrêter dans la futaie pour regarder passer les intrus." (p.74)